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COMMENT & POURQUOI
Parfaitement mélodieux : Le carillon de la Tour de la Paix et le sénateur qui a lancé l’idée
29 septembre 2020

En février 2019, le Sénat s’est installé dans l’édifice du Sénat du Canada, une ancienne gare construite en 1912. Il occupera cet emplacement temporaire pendant les travaux de réhabilitation de l’édifice du Centre, qui est sa demeure permanente.

Bien que l’édifice du Centre soit fermé en raison des travaux, les Canadiens peuvent quand même découvrir les œuvres d’art et l’architecture de l’édifice en effectuant une visite virtuelle immersive du Sénat.


C’est durant la Première Guerre mondiale, dans les champs de Flandres, que l’idée du carillon de la Tour de la Paix germe dans l’esprit du lieutenant-colonel George H. Bradbury, futur sénateur, qui est alors séduit par les timbres cristallins de l’un des instruments les plus singuliers du monde.

Après avoir servi dans le 108e bataillon du Corps expéditionnaire canadien, M. Bradbury rentre au pays, déterminé à partager avec ses concitoyens canadiens la musique du carillon – un énorme ensemble de cloches jouées par un musicien à l’aide d’un clavier et d’un pédalier spéciaux.

En 1917, trois ans après sa nomination au Sénat, le sénateur Bradbury préside un comité sénatorial spécial chargé d’examiner les coûts liés à l’installation d’un carillon de première classe dans la Tour du Parlement.

Le moment est propice. L’édifice du Centre est en cours de reconstruction après l’incendie dévastateur de 1916, et l’architecte principal, John A. Pearson, appuie l’idée du sénateur Bradbury, affirmant à ce dernier que la nouvelle Tour de la Paix sera capable de supporter le poids des cloches.

George H. Bradbury a servi comme sénateur du Manitoba du 17 décembre 1917 jusqu’à sa mort le 6 septembre 1925. (Crédit photo : <a href='https://collectionscanada.gc.ca/pam_archives/index.php?fuseaction=genitem.displayItem&rec_nbr=196542&lang=fre&rec_nbr_list=196542,3494355' target='_Blank'>Bibliothèque et Archives Canada</a>)

Un siècle plus tard, on évalue l’état du carillon dans le cadre des travaux de réhabilitation de l’édifice du Centre.

Des experts de la société néerlandaise Royal Eijsbouts, l’une des plus grandes fonderies de cloches au monde, ont procédé à une inspection à la fin de 2019. Les 53 cloches du carillon de la Tour sont demeurées en excellent état depuis leur installation en 1927 et ne nécessitent pas de réparations majeures.

Une bonne chose, car le carillon est un ouvrage mécanique complexe.

La carillonneur joue depuis une minuscule pièce située à mi-chemin du haut de la Tour de la Paix. En frappant une touche du clavier en bois (lequel ressemble davantage à une série de leviers qu’à un clavier de piano traditionnel), elle tire une corde métallique attachée au battant d’une des cloches, faisant ainsi sonner la cloche.

Les 53 cloches du carillon de la Tour de la Paix correspondent à 53 notes : plus la cloche est grosse, plus la note est basse. La plus grosse cloche pèse 11 tonnes.

Les experts ont fait des recommandations pour accorder le carillon. Les battants en fonte, par exemple, seront nettoyés, remis à neuf et soudés pour leur rendre leur état d’origine.

Dre McCrady, qui est la première femme à détenir le titre carillonneur du Dominion et seulement la cinquième personne à occuper ce poste, a étudié les origines du carillon de la Tour de la Paix.

La carillonneur du Dominion, Andrea McCrady, se prépare à jouer le carillon de la Tour de la Paix sur la Colline du Parlement, à Ottawa, le 13 décembre 2013. Dre McCrady occupe ce poste depuis 2008. La structure en bois du clavier date de 1927. (Crédit photo : Chambre des communes)

Lorsque le sénateur Bradbury a proposé l’idée du carillon, le pays se remettait encore du carnage de la Grande Guerre. Les gens souhaitaient vivement trouver une façon appropriée de commémorer les militaires qui avaient servi. Bien que certains se soient demandé s’il était judicieux d’installer un carillon, Dre McCrady a cité de vieux articles de l’Ottawa Journal montrant que le sénateur Bradbury avait réussi à convaincre un public sceptique.

« Lorsque le sénateur Bradbury a commencé à prôner l’idée d’un carillon, il y a eu une opposition considérable, mais beaucoup des critiques, y compris The Journal, ont changé d’avis, », le journal a-t-il écrit en 1924.

En effet, The Journal est venu à la conclusion que « la suggestion de porter hommage à la mémoire des disparus de façon lyrique, dans la beauté de la musique, est à la fois singulière et séduisante ».

La société britannique Gillett & Johnston a remporté l’appel d’offres en vue de la construction du carillon, et les premières cloches ont commencé à faire leur chemin de Montréal à Ottawa sur des wagons plats. Elles sont arrivées à la gare Union d’Ottawa qui, par un heureux hasard, est maintenant la demeure temporaire du Sénat, le temps que se déroule le programme de réhabilitation de l’édifice du Centre.

Le 1er juillet 1927, 60 000 personnes se sont massées sur la grande pelouse devant la Tour de la Paix pour entendre le tout nouveau carillon, joué par Percival Price, nouvellement nommé carillonneur du Dominion.

Les notes de l’« Ô Canada » ont résonné dans la foule et dans tout le pays. La performance de M. Price était diffusée en direct dans le cadre de la toute première émission de radio pancanadienne. Le premier ministre de l’époque, William Lyon Mackenzie King, a qualifié le carillon de « voix de la nation ».

Hélas, mort deux années plus tôt, le sénateur de Selkirk, au Manitoba, n’a jamais connu la conclusion triomphale de toutes ses années de travail.

« C’est vraiment triste, en fait », a déclaré Dre McCrady.

« Malgré tous ses efforts et toutes ses suggestions, il n’a jamais pu entendre le carillon. »

A massive carillon bell is delivered on Parliament Hill in 1927. The tallest bell in the Peace Tower carillon is 2.1 metres high. (Photo credit: Library and Archives Canada)En 1927, une cloche de carillon massive est livrée sur la Colline du Parlement. La plus haute cloche du carillon de la Tour de la Paix mesure 2,1 mètres de haut. (Crédit photo : Bibliothèque et Archives Canada)

Un ouvrier prend des images du beffroi de la Tour de la Paix, où sont suspendues les cloches du carillon. Dans le cadre du projet de réhabilitation, des travailleurs ont effectué un balayage laser détaillé de toutes les parties de l’édifice du Centre.Un ouvrier prend des images du beffroi de la Tour de la Paix, où sont suspendues les cloches du carillon. Dans le cadre du projet de réhabilitation, des travailleurs ont effectué un balayage laser détaillé de toutes les parties de l’édifice du Centre.

Carillon bells arrive at Ottawa’s Union Station by railway flatcar from Montreal in 1927. (Photo credit: Library and Archives Canada)En 1927, les cloches du carillon arrivent à la gare Union d’Ottawa sur un wagon plat en provenance de Montréal. (Crédit photo : Bibliothèque et Archives Canada)

Thousands of people gather on Parliament Hill on July 1, 1927 for the inauguration of the Peace Tower. (Photo credit: Library and Archives Canada)Des milliers de personnes se rassemblent sur la Colline du Parlement le 1er juillet 1927 pour l’inauguration de la Tour de la Paix. (Crédit photo : Bibliothèque et Archives Canada)