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C’est l’énergie renouvelable, et non le secteur pétrolier et gazier, qui mérite l’appui du gouvernement : la sénatrice Galvez
7 septembre 2018
OPINIONS
image Rosa Galvez
Rosa Galvez
GSI - (Québec - Bedford)

Les Canadiens veulent de l’énergie d’origine renouvelable. Selon un sondage d’opinion publique mené pour la Fondation David Suzuki, 86 % des Canadiens s’inquiètent des changements climatiques; l’énergie renouvelable représente l’un des meilleurs espoirs de notre pays, grand consommateur d’énergie, pour la préservation de l’environnement.

Il ne fait aucun doute qu’une nation pour qui la protection des écosystèmes est une priorité devrait investir dans les infrastructures et les technologies en énergie renouvelable, comme le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité, la géothermie, les biocarburants et la biomasse.

Autrefois, je pensais que l’État devait s’abstenir de toute intervention de cette nature. J’étais d’avis que les subventions gouvernementales destinées aux industries de l’énergie renouvelable ou à l’électrification des transports en commun étaient contraires aux principes économiques du libre-échange. Quoi qu’il en soit, les fournisseurs d’énergie qui exploitent des sources renouvelables ont prouvé qu’ils pouvaient évoluer sans trop d’aide.

Toutefois, après avoir examiné la question de plus près et constaté les réalisations d’autres pays, je suis convaincue que le gouvernement fédéral devrait appuyer la transition du Canada vers des sources d’énergie renouvelables.

Pour commencer, cette transition ne va pas assez vite pour maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 2 0C, comme le Canada et 194 autres pays s’y sont engagés dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015.

On peut affirmer sans se tromper que la vitesse de notre transition est aussi importante que la transition elle-même. C’est au gouvernement de faire bouger les choses.

Pendant ce temps, d’autres pays ont fait de bien plus grands progrès que le Canada pour ce qui est de développer leurs propres industries d’énergie renouvelable.

La Chine, par exemple, a adopté en 2003 une loi qui vise les matières polluantes et qui commence aujourd’hui à porter fruit. Le pays, en effet, est devenu un chef de file mondial en exploitation des énergies renouvelables; la Chine fait la promotion de l’énergie marine et éolienne extracôtière et compte faire passer sa capacité de production d’énergie renouvelable à 890 gigawatts d’ici 2020 (en comparaison, le célèbre barrage Hoover affiche une capacité d’environ 2 gigawatts).

Le soutien robuste qu’offre la Chine à son secteur d’énergie renouvelable signifie aussi que les scientifiques et innovateurs de ce pays sont plus susceptibles de faire des percées technologiques, lesquelles appartiendront à la Chine.

Par ailleurs, l’appui financier à l’énergie renouvelable ne doit pas nécessairement coûter cher aux contribuables canadiens.

Selon l’Institut international du développement durable, le Canada aurait en 2015 consacré 3,3 milliards de dollars en subventions à sa propre industrie pétrolière et gazière, même si elle continue de recueillir d’énormes profits.

En réacheminant cet argent à l’énergie renouvelable, l’État pourrait stimuler le développement de programmes bien de chez nous. Étant donné que le gouvernement subventionne généreusement et depuis si longtemps le secteur pétrolier et gazier, et comme nous devons impérativement accélérer le développement de l’énergie renouvelable, les subventions devraient servir à favoriser les progrès et à intensifier notre contribution à la lutte contre les changements climatiques.

Sur la scène mondiale, le Fonds monétaire international a signalé que les subventions aux industries pétrolières et gazières à l’échelle planétaire s’étaient chiffrées à environ 5 300 milliards de dollars en 2015, soit 6,5 % du PIB mondial. Pourquoi gaspiller de l’argent en soutenant une industrie profitable alors que les innovations et les avantages économiques et environnementaux de l’énergie renouvelable sont si prometteurs?

Le Canada aura toujours besoin de pétrole et de gaz, du moins dans un avenir proche. Ils entrent dans la composition de nombreux produits sur lesquels nous comptons, et les dérivés du pétrole continueront d’alimenter les régions isolées du pays qui n’auront pas facilement accès aux énergies renouvelables. Mais ce n’est pas une raison pour s’accrocher aux procédés du passé.

Enfin, le gouvernement devrait aussi encourager les Canadiens à modifier leurs habitudes de consommation énergétique.

Ici, nous consommons l’équivalent de 9,1 tonnes de pétrole par personne par année, soit 29 % de plus que la moyenne mondiale et près de trois fois plus que les habitants d’Europe. Nous avons beaucoup à apprendre de pays comme la Suède et l’Australie, dont les climats et les vastes espaces s’apparentent à ceux du Canada. Leur consommation d’énergie par habitant est de beaucoup inférieure à la nôtre.

Il est temps que le Canada passe à l’action.

Nous avons l’obligation juridique d’atteindre la cible fixée par l’Accord de Paris.

Nous avons l’obligation économique de nous sevrer des carburants fossiles alors même que des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil investissent massivement dans l’énergie renouvelable.

Et nous avons l’obligation morale de léguer aux générations futures une planète plus saine que celle dont nous avons nous-mêmes hérité.

La sénatrice Rosa Galvez, Ph. D., P. Eng., représente la circonscription de Bedford, au Québec. Elle est l’une des plus grandes expertes du Canada en contrôle de la pollution et préside le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles.

Cet article a été publié le 13 aout 2018 dans le journal The Hill Times (en anglais seulement).