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La frontière canadienne est sécuritaire, mais le renouvellement du système d’immigration est essentiel : sénateurs Omidvar et Pratte
1 novembre 2018
OPINIONS
image Ratna Omidvar
Ratna Omidvar
GSI - (Ontario)
image André Pratte
André Pratte
GSI - (Québec - De Salaberry)

Si le fossé peu profond qui sépare le Canada et les États-Unis, au chemin Roxham (Québec), pouvait parler, il en aurait beaucoup à dire. Il s’agit d’un petit fossé que la communauté locale a récemment rempli de gravier pour empêcher les demandeurs d’asile de se blesser, eux qui tirent derrière eux, poussent et transportent leurs biens en entrant au Canada.

Les demandeurs d’asile n’arrivent peut-être pas en aussi grand nombre qu’auparavant, mais environ 50 arrivent encore à notre frontière tous les jours. Selon un sondage récent (en anglais seulement), la plupart des Canadiens s’inquiètent de la réaction du gouvernement face à ces immigrants.

Nous nous sommes rendus au chemin Roxham par un beau jour d’automne pour voir de nos yeux ce qui s’y passe. Est-ce une frontière ouverte que des colonnes de demandeurs d’asile franchissent partout? Ou s’agit-il d’une activité organisée et gérée par la GRC et par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) conformément à nos lois? Avons-nous la capacité voulue pour gérer les afflux soudains de réfugiés, ou laissons-nous tout simplement les choses au hasard?

Des panneaux signalent la frontière entre le Canada et les États-Unis à Roxham Road, au Québec. La communauté a rempli le fossé de gravier pour aider les demandeurs d'asile à franchir la frontière. (Crédit : Bureau du Sénateur André Pratte)

Nos constatations nous ont rassurés. La GRC et l’ASFC ont mis sur pied un système ordonné et organisé pour rencontrer les demandeurs d’asile au moment où ils franchissent la frontière. Cela fait, ils sont amenés dans un bâtiment (temporaire) où leur identité est vérifiée, où leurs empreintes digitales sont prises et où ils sont interrogés. Des interprètes-traducteurs sont disponibles par téléphone pour faire en sorte que les deux parties comprennent les questions posées et les réponses leur étant fournies.

Une fois que la GRC a terminé son évaluation, les demandeurs d’asile sont confiés à l’ASFC qui poursuit le traitement des dossiers en vérifiant les données biométriques et les empreintes digitales. La GRC et l’ASFC bénéficient d’un certain renfort pour faire face à la demande.

Tout le processus est détaillé et professionnel et empreint de respect pour nos lois et les personnes.

Cela tranche avec ce que les demandeurs d’asile risquent de vivre ailleurs. Un membre de notre groupe s’est rappelé une expérience personnelle vécue il y a 40 ans. Il fuyait la sanglante révolution iranienne et a dû s’astreindre à un périple très dangereux pour sortir du pays, sans savoir s’il trouverait la liberté. Il a dû se tenir debout dans une petite pièce carrée à la frontière irano-turque, des gardiens armés étant présents partout. Il n’y avait ni compassion ni compréhension : uniquement l’angoisse et la peur.

Voilà pourquoi il était encourageant de voir le professionnalisme des agents de la GRC et de l’ASFC. Un membre de la GRC a déclaré : « Nous pouvons voir l’angoisse dans leurs yeux; nous voulons donc les traiter avec respect. » Il était particulièrement important de voir les systèmes mis en place pour garantir la sécurité et le soin des enfants.

Nous avons vu une famille de quatre membres traverser la frontière lorsque nous étions là. Les réfugiés ne traversent pas la frontière dans les bois et ils ne fuient pas la GRC. Ils traversent tranquillement en sachant qu’ils doivent suivre les règles s’ils veulent avoir une chance de rester au Canada.

Le problème ne se situe pas à la frontière, mais bien au stade du processus d’immigration qui suit. La Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) manque de fonds depuis de nombreuses années à cause des compressions budgétaires. Le gouvernement actuel a injecté plus d’argent dans le système, mais à la suite de l’augmentation du nombre de demandes d’asile, il faut maintenant 20 mois au lieu de 18 pour confirmer le statut de chaque personne.

De plus, il faut parfois beaucoup de temps pour expulser quelqu’un du Canada si sa demande d’asile est rejetée. Que nous le voulions ou non, ces longs délais constituent un « facteur d’attraction » pour ceux qui ne sont peut-être pas de véritables réfugiés, mais qui sont à la recherche d’une vie meilleure.

Il est essentiel que la CISR travaille avec efficience et efficacité. La paix, l’ordre et une saine gestion doivent dominer non seulement à la frontière, mais aussi dans les salles de conférence de la CISR. Il est essentiel d’avoir plus de ressources et de juges, tout comme un renouvellement institutionnel pour garantir l’accroissement de la coordination et de l’efficience. Voilà qui n’est pas simple, mais le gouvernement doit prendre les choses en mains et proposer et mettre en œuvre un système qui sera rapide, équitable et définitif. De plus, il doit se faire sans tarder, de manière à rétablir la confiance du public dans le système.

Autrement, nous craignons que l’immigration devienne une patate chaude politique au cours de la prochaine campagne électorale, en 2019. Or, trop souvent, la discussion sur l’immigration engendre la division et la peur. Ce serait vraiment dommage qu’il en soit ainsi.

La population canadienne appuie en général l’immigration, mais ce soutien risque de s’étioler et de diminuer si le public perd confiance dans le système. Le renouvellement de la CISR peut nous aider à éviter cela.

 

Ratna Omidvar représente l’Ontario au Sénat, et André Pratte est un sénateur du Québec (De Salaberry).

Cet article a été publié le 25 octobre 2018 dans le journal Toronto Star (en anglais seulement).