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Lorsqu’il est question de sécurité alimentaire dans le Nord, les Inuits doivent être présents à la table : sénateur Patterson
22 novembre 2018
OPINIONS
image Dennis Glen Patterson
Dennis Glen Patterson
C - (Nunavut)

Personne ne peut survivre sans nourriture.

Je ne suis donc pas étonné d’apprendre que les Inuits aient quitté le Groupe de travail autochtone sur la sécurité alimentaire ni d’entendre les commentaires formulés par Shylah Elliott, analyste des politiques en matière de santé pour Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), qui a qualifié le groupe de travail de « symbolique et esthétique » lors d’une entrevue accordée au réseau CBC le 19 octobre.

Il se trouve que je siège à un groupe de travail à Kuujjuaq, la capitale du Nunavik, une zone visée par des revendications territoriales des Inuits dans le nord du Québec, et je peux confirmer le fait que les agents de Nutrition Nord Canada (NNC) avaient de la difficulté à saisir les enjeux discutés entre les Inuits et d’autres intervenants du Nord. Chaque fois que j’ai abordé cette question, le message très clair que j’ai reçu, c’est que les Inuits veulent une sécurité alimentaire, dont bénéficient la majorité des résidents du Sud, et ils veulent être en mesure de consommer davantage de leurs aliments traditionnels.

J’ai eu l’occasion de discuter de ce sujet plus tôt cette année avec Graeme Dargo, un associé du cabinet de services‑conseils Dargo and Associates, qui a examiné le programme Aliments‑poste que NNC aimerait éventuellement remplacer. L’examen et le rapport ont été déposés en août 2008. M. Dargo a constaté que bien que le programme Aliments‑poste soit nécessaire pour avoir accès à des aliments nutritifs et abordables, il estime que le programme a perdu de vue son objectif et « a considérablement dépassé le budget disponible », et prédit ensuite que « les coûts du programme actuel continueront d’augmenter tout en obtenant des résultats limités sur le plan du rendement ».

Il a formulé plusieurs recommandations, notamment que les critères d’admissibilité pour les communautés et les aliments ou produits soient réévalués, que des systèmes de gestion soient mis en place pour verser aux détaillants une compensation pour les subventions qu’ils pourraient offrir, que le budget de base de 27,6 millions de dollars soit révisé, et qu’un système axé sur le marché soit mis en œuvre et remplacé par un nouveau modèle de prestation créé en partenariat avec des détaillants du Nord.

Dargo a abordé un concept intéressant qu’il avait proposé à l’origine, mais qui n’a pas suscité beaucoup d’intérêt : que se passerait‑il si le coût des aliments de base, comme le lait, les œufs, etc., était subventionné de manière à ce que les prix soient uniformes dans toutes les communautés visées par le programme? Il s’agirait d’une subvention qui permettrait, par exemple, de vendre un litre de lait au même prix à Nain, au Labrador, et à Grise Fiord, au Nunavut, et à des prix comparables à ceux pratiqués au sud du Canada.

Je trouve ce concept très intéressant.

J’ai également animé une table ronde en avril 2018 qui a réuni des petits détaillants indépendants du Nord pour discuter de leurs expériences concernant le programme de NNC. En plus de recevoir des présentations de leur part, j’ai également eu des conversations avec des communautés, des organisations locales de chasseurs et de trappeurs, et NTI, l’organisation qui représente les bénéficiaires Inuits de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut.

De nombreux thèmes communs ont émergé de ces discussions et m’ont incité à formuler mes propres recommandations (en anglais seulement) de changement au gouvernement fédéral. Ces recommandations ont été présentées au cabinet de la ministre, et j’ai l’intention de continuer à faire pression pour qu’on apporte les modifications nécessaires, que les personnes avec qui j’ai parlé décrivent comme la voie de l’avenir.

Des détaillants m’ont demandé de faire pression pour qu’on apporte des modifications, comme un taux de fret fixe qui repose sur des consultations menées auprès de tous les détaillants, des inspections à l’improviste de détaillants pour garantir la conformité au programme, la révision des lignes directrices pour permettre la livraison de viande fraîche provenant de bouchers de bonne réputation, un meilleur financement et du soutien pour sensibiliser les consommateurs, un soutien de la capacité et du financement pour les petits détaillants afin de compenser le fardeau bureaucratique qu’on leur impose.

Entre‑temps, les Inuits avec qui j’ai échangé ont élaboré une nouvelle approche qui vise principalement à reconnaître l’alimentation privilégiée et traditionnelle des Inuits et des peuples autochtones du Nord, et à s’assurer que toutes les politiques en matière de santé et de nutrition soient conçues de manière à soutenir la chasse et la récolte durables.

J’ai entendu maintes et maintes fois que le Canada ne peut pas dicter au Nord ce qu’est une alimentation saine et nutritive. Les Inuits doivent être présents à la table pour faciliter la préparation des paniers de provisions qui leur conviennent, car sans ce genre de collaboration, aucun programme imposé dans le Nord ne réussira à régler le problème de l’insécurité alimentaire.

 

Le sénateur Dennis Patterson est le président du Comité sénatorial spécial sur l’Arctique, et un ancien premier ministre des Territoires du Nord‑Ouest. Il représente le Nunavut au Sénat.

Cet article a été publié le 31 octobre 2018 dans le journal The Hill Times (en anglais seulement).